A l’origine étaient Les Chemins de Malefosse. La série, créée en 1982 par François Dermaut et Denis Bardet, comporte aujourd’hui 15 titres, retraçant les aventures des Germains Gunther Amerbach et Maître Pritz. En cette fin de XVIe siècle, ils sillonnent le royaume de France, au service d’Henri de Navarre, futur Henri IV. Un siècle marqué du sceau du fanatisme, des complots et des guerres de religion.
Ici, Malefosse nous replonge vingt années plus tôt.
Nuremberg sommeille sous la neige. A quelques pas : la demeure
d’Ambrosius Amerbach, prospère négociant en armes. Son fils, Lucas,
marchand, travaille pour le compte de son père. Son autre fils,
Gunther, fin bretteur, est interprète dans une imprimerie. Il y a aussi
la blonde Helena, la brune Graziella, Valdez l’Espagnol, un moine
fanatique et un calviniste guère plus tolérant. Au détour, quelques
personnages historiques. Et puis un grand barbu, chevelure grise et
blanche, débarquant des lointaines Amériques. A voir défiler tous ces
visages, durs, sombres, torturés, mais aussi gouailleurs, pusillanimes,
illuminés ou dissimulés, et parfois même de véritables trognes : de
matrone, de soudard ou de vils manipulateurs, on croirait parcourir les
pages d’un ouvrage de physiognomonie.
L’hiver sur Nuremberg assourdit les pas et les paroles, mais accuse les cris qui soudain déchirent la nuit. Une nuit, un meurtre, et la famille Amerbach est anéantie. Gunther, trahi, fuit la ville allemande. Les décors sont plantés. Et quels décors. Un héros blessé passe son chemin de boue et s’étale. La pluie tombe et la neige fond. Mais d’autres villes, sous d’autres cieux se dressent. Genève s’allonge au bord du Léman, puis se réveille aux pâles lueurs du printemps. Le port de La Rochelle vibre sous un ciel mordoré, bientôt blafard, celui d’une cité agitée du tumulte des exécutions publiques.
Tout est de brume, de velours blanc, de pluie battante, de poussière volatile et de flammes sanglantes. L’architecture à l’apparence séculaire, sereine (et finement retranscrite) s’oppose magistralement aux machinations, guets-apens, assassinats si pieusement justifiés, qui peuplent cette seconde moitié du XVIe siècle.
Il ne fait pas bon vivre dans Malefosse, et pourtant, on se laisse saisir par la verve du récit et son langage fleuri : « Ce fieffé… hips… jaseur m’a plus saoulé… hips… qu’une nuit… hips… à gobeloter ». De mésaventures en rebondissements, Gunther poursuit sa quête de vérité, guidé par une mystérieuse dague, sertie d’émeraude. Quête qui le mène une nuit, à croiser le fer avec ce grand barbu, germain lui aussi, un certain Pritz.
Un trait classique, de facture extrêmement réaliste. Je ne suis pas une adepte de ce type de dessin, mais il se prête ici naturellement à l’histoire et accentue la perspective historique. Les décors, paysages et architectures, sont remarquables et très précis. Ils distillent, au sein du récit, des ambiances spécifiques multiples. De même, les angles de vue sont intéressants et diversifiés. Les personnages, plus particulièrement les expressions de leurs visages, sont souvent durs, rarement avenants… en lien peut être avec cette époque ravagée…
Le texte joue souvent du vocabulaire d’époque : « Ah ça ! Rufe drôle, ton entêtement à me faire braverie va te mener tout droit au gibet !... », tout en restant accessible et compréhensible. La lecture n’en est que plus plaisante et la crédibilité historique d’autant plus relevée. L’Escorte est le premier tome de la série de Malefosse. Il présente donc les protagonistes, l’époque, les lieux, et annonce l’intrigue générale. Le scénario est enlevé, les évènements sont relatés sans concessions. Des interrogations fusent, quelques réponses sont apportées…
Une bande dessinée enrichissante, mais bien trop courte…










AUTEUR | REDACTEUR |
LECTEUR | EDITEUR |