Généalogie de l’orque
L’auteur de cet ouvrage, Jean-Pierre Sylvestre, spécialiste des mammifères marins aborde le sujet par son aspect le plus complexe : l’histoire évolutive de l’orque. Complexe car nécessitant parfois quelques notions en matière de sciences naturelles et de classification des espèces. Mais fortement documenté et richement illustré, le texte éclaircit notre lanterne et nous plonge dans l’univers marin du cétacé.
Un squelette qui s’apparente à celui des mammifères terrestres,
d’abord. Un ancêtre commun des cétacés, qui serait un quadrupède à
fourrure, semi-aquatique, ensuite. Pakicetus vivait il y a 50
millions d’années et était déjà pourvu du conduit auditif des cétacés.
Au fil du temps : les membres postérieurs ont disparu, les narines se
sont déplacées pour devenir des évents, la tête et le corps se sont
rallongés. Les premiers cétacés apparaissent : classés dans l’ordre des
Archéocètes, lui-même divisé en deux familles. Les Protocétidés, donc,
et surtout les Basilosauridés, ancêtres directs des cétacés, à partir
duquel se développèrent les deux sous-ordres actuels : Mysticètes
(cétacés à fanons – baleines, rorquals) et Odontocètes (cétacés à dents
– dauphins, marsouins, orques, etc.). Les premières traces
d’Odontocètes dateraient d’environ 30 millions d’années. Signes
distinctifs : un évent unique, cinq doigts dans l’ossature des
pectorales, une taille des mâles supérieure à celle des femelles. Parmi
les Odontocètes, on compte 73 espèces, classés en 32 genres et en 10
familles. L’orque, ou épaulard, appartient à la famille des
Delphinidés, et à la sous-famille des Globicéphalinés. Elle vit dans
toutes les mers du monde, avec toutefois une préférence pour les eaux
froides et tempérées, grouillantes de poissons et de mammifères marins.
Des distinctions morphologiques et/ou pigmentaires peuvent apparaître
selon leur appartenance géographique.
Anatomie de l’orque
L’auteur nous détaille ensuite la morphologie de l’orque, à grand renfort de planches anatomiques, de dessins explicatifs, de photographies éloquentes. Et l’épaulard ne faillit pas à sa réputation. Il cumule les superlatifs : le plus grand, le plus rapide, le plus fort…
L’épaulard est en effet le plus grand des Delphinidés et arbore sa
robe tel un blason héraldique : de noire tachetée de blanc (entre la
mâchoire inférieure et le ventre et au-dessus des yeux) et de gris
(derrière l’aileron dorsal). L’épaulard est le plus rapide aussi, grâce
à une morphologie unique adaptée à son environnement aquatique. Sa
structure squelettique est simple, légère et efficace. Son crâne est
robuste et allongé. 10 à 14 dents, de 12 à 14 cm, composent chaque
demi-mâchoire. Elles harponnent, déchiquètent, broient. Son corps est
hydrodynamique, robuste, élancé et fuselé. Taillé pour la nage. La
structure lisse de la peau facilite ses déplacements. L’orque peut
atteindre des pointes de 30 nœuds (55 km/h). Chacune de ses nageoires
joue un rôle spécifique : la nageoire dorsale sert de stabilisateur,
les pectorales de gouvernail et de thermorégulateur, la caudale de
« moteur ».
Adaptation de l’orque
Jean-Pierre Sylvestre poursuit son propos en explorant les qualités d’adaptation de l’orque. L’ensemble de sa physionomie concourt en effet à une excellente approche de son environnement. Quant à ses sens, ils se révèlent plus ou moins développés, mais leur potentiel n’est pas encore complètement connu.
Comme tout mammifère, l’orque conserve une température interne
constante par rapport à son milieu extérieur. Isolant efficace, sa
couche de lard contribue à limiter les pertes de chaleur à la surface
de la peau tandis qu’un système de vasoconstriction et de
vasodilatation lui permet de réguler sa température au niveau des
extrémités du corps. L’orque doit régulièrement faire surface pour
s’oxygéner. Elle expire le gaz carbonique par son évent en émettant un
nuage de vapeur, le souffle. Puis elle renouvelle l’air de ses poumons,
et ce, en plusieurs émersions. Pour enfin plonger jusqu’à une vingtaine
de minutes et atteindre des profondeurs de 300 m. Son système sanguin
et cardiaque témoigne d’une parfaite adaptation au monde abyssal. Les
sens de l’orque sont diversement développés. Son toucher est
particulièrement sensible et l’animal semble apprécier caresses,
frottements, effleurements… En revanche, son odorat est peu marqué.
L’orque ne mâche pas, elle avale directement ses proies, pour autant il
n’est pas certain que son sens gustatif soit totalement absent. Des
orifices quasi invisibles manifestent de la présence d’oreilles,
internes, conçues pour résister aux pressions acoustiques sous-marines
et accentuer la perception des ultrasons. Sa vue est adaptée au milieu
et à la pression subaquatiques. Utilisée notamment en surface, la tête
hors de l’eau : l’orque observe les alentours (spyhooping).
Toutefois, pour se déplacer dans l’obscurité, l’orque émet des sons,
sifflements, grincements, claquements, couinements, cris : elle
« visualise » ainsi son environnement. Les sons de basse fréquence
servent à communiquer. Les sons de haute fréquence servent à
l’écholocation (principe du sonar), utile pour la chasse.
Vie de l’orque
Quel mode de reproduction ? Quelles relations entre individus ? Quelle alimentation ? Quelles menaces ? L’ouvrage investit toutes ces thématiques, répond aux interrogations, exposent des sujets d’étude.
« Ce sont des Mammifères placentaires vivipares à fécondation interne ». Leur maturité sexuelle est lisible plutôt en fonction de la taille que de l’âge. Le lien mère/petit est très intime : le veau est allaité pendant 12 mois. Le lait absorbé lui permet de reconstituer sa couche de graisse. Les jeunes quitteront leur mère au bout de 2 ou 3 ans, mais parfois, ceux-ci restent auprès d’elle toute leur vie. Les orques sont des animaux grégaires : elles vivent et se déplacent en groupe. Un exemple illustre ce mode de vie en communauté. Il s’agit de recherches effectuées sur l’orque en 1973, autour de l’île de Vancouver, au Canada. Quatre groupes furent étudiés : deux populations résidantes (l’une au nord, l’autre au sud de l’île), une population nomade (autour de l’île), et une pélagique (vivant en haute mer). Chacune possède son propre langage, sa propre alimentation mais observe la même organisation matriarcale. Les orques se déplacent en communauté comptant 5 à 20 individus. Les interactions sociales s’élèvent à plusieurs niveaux, suivant le nombre d’animaux et le dialecte (groupe matriarcal, sous-tribu, tribu, clan, association). L’orque communique de deux façons. « Elle saute avec puissance, se laisse retomber sur les flancs, se dresse hors de l’eau, ou frappe avec sa caudale ». Ces postures manifesteraient son excitation et ces sauts permettraient de signaler sa position à son troupeau. La communication fait partie intégrante de leur mode de vie. Les sons proviennent de leur système respiratoire et non des cordes vocales : elles n’en possèdent pas. L’orque ne connaît pas d’ennemis. Hormis l’homme. Cette redoutable chasseresse avale principalement des poissons et des mollusques, mais aussi des petits mammifères marins (phoques, marsouins, dauphins…). Très rarement de grands cétacés comme les baleines ou les rorquals. Le comportement alimentaire varie géographiquement. Les tactiques de chasse s’adaptent en fonction des proies : l’attaque en groupe pour les animaux de grandes tailles, la neutralisation par asphyxie, l’attaque silencieuse par surprise, l’attaque par la ruse, le rideau de bulles…. Les tentatives opposées par les proies pour parer ces agressions sont rares, et plus ou moins efficaces. Toutefois, l’existence même de l’orque subit les conséquences des actions peu écologiques des hommes, telles que la surpêche ou la pollution. Ses habitudes alimentaires en sont d’autant plus perturbées et modifiées. De plus, plusieurs échouages massifs d’orques ont été constatés. Les raisons en seraient multiples. Malgré tout, l’espérance de vie de l’épaulard est la plus longue parmi les delphinidés : une trentaine d’années en moyenne pour les mâles, une cinquantaine pour les femelles.
Hommes et Orques
Pour finir, l’auteur relie l’histoire de l’homme à celle du cétacé.
Relation à travers la pêche tout d’abord. Puisque l’orque fut
l’objet de la convoitise des baleiniers. Les Norvégiens, les Russes
mais aussi les Japonais s’intéressèrent à son huile, à sa chair pour la
consommation ou pour la production de fertilisant et d’appâts. Mais
l’orque fut aussi l’objet du courroux des pêcheurs, car accusée,
souvent à tort, de déchirer les filets, d’effrayer ou de voler les
poissons. Relation à travers les parcs d’attraction ensuite. Puisque
l’orque se révélait être particulièrement intelligente. Et docile, qui
plus est. A partir des années 1960/1970, les captures se multiplièrent
et devinrent un commerce lucratif. Et certaines populations
diminuèrent. Jusqu’à ce que des lois décident de leur sort. En 1997, 54
orques captives comptaient parmi les océanoriums du monde entier. Et
l’orque devint populaire. Même en Occident. Sa cote pouvait atteindre
un million de dollars en 2002… Si l’orque tient la vedette dans les
parcs d’attraction, elle peut être également un bon petit soldat. Elle
pouvait jouer le rôle sentinelle ou avoir été dressée à l’attaque de
plongeurs ennemis. L’armée américaine continue de l’exploiter. Relation
à travers les naturalistes, les océanologues, les plongeurs et les
marins également. Ils ont rencontré l’orque. Tous témoignent d’êtres
curieux et pacifiques. Certaines, parfois, se lient « d’amitié » avec
les hommes. Ce sont des « orques ambassadrices ». Jean-Pierre Sylvestre
affirme : « Mais jamais – au Grand Jamais – je n’ai été attaqué, ni
même agressé par des épaulards alors que je peux me permettre de dire
que j’ai passé des centaines d’heures avec ces Cétacés sur le
terrain ». Peu de cas d’agressions sont recensés. L’auteur souligne
néanmoins la nécessité de s’en méfier. Relation à travers le whale watching
enfin. Cette « observation des baleines » développée depuis les années
1970, est devenue une véritable industrie écotouristique, au risque de
menacer les groupes de cétacés… mais contribuant parallèlement à
modifier le regard des gens sur l’orque.
Au fil de la lecture, on partage avec l’auteur son désir de faire partager sa passion et de convaincre de regarder autrement ce mammifère marin. Il tend en effet à faire tomber les préjugés, mais aussi à rendre compte de leur histoire, de leur situation actuelle.
L’ouvrage est très bien documenté. L’auteur emploie des sources variées, étayant de façon ludique et instructive son discours : le texte scientifique de base est ponctué de récits historiques, de légendes, d’anecdotes. Ils puisent dans la littérature, l’histoire, les mythologies. Les points de vue ainsi multipliés acquièrent un intérêt supplémentaire.
Au fil de la lecture, on partage avec l’auteur son désir de faire partager sa passion et de convaincre de regarder autrement ce mammifère marin. Il tend en effet à faire tomber les préjugés, mais aussi à rendre compte de leur histoire, de leur situation actuelle.
La mise en page se révèle tout à fait conforme aux attentes liées à la lecture.
Le texte de Jean-Pierre Sylvestre est extrêmement riche, dense et savant. Il présente les caractéristiques du sujet, en explique les causes, les raisons. Il détaille ses propos. Toutefois, pour un néophyte, le langage scientifique (essentiellement dans le premier chapitre) et la taxonomie ne sont pas forcément évidentes et on risque parfois de s’y perdre.










AUTEUR | REDACTEUR |
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Lecteur
Superbe livre sur ce mammifère ami de l'homme et très intelligent... On a envie d'en connaitre plus à leur sujet, peut-être parce qu'il vit dans un monde différent !.... Mais, la chronique est beaucoup trop longue.... En fait, on a l'impression de lire le livre.... Donc, je pense qu'on laisse de côté ce résumé et qu'on préfère ouvrir tout de suite le livre !