A six ans Isabelle Aubry subit ses premiers attouchements sexuels. A douze, elle prend son bain et entend son père lui dire « ma fille, il est temps de te dépuceler » ! Il entre dans la baignoire. Bien sûr elle ne résiste pas, ne s’y oppose pas.
Même monstrueux, à douze ans, un père, reste un père… Elle obéit,
consciente que ce n’est pas normal mais ayant trop peur que son père
aille en prison si elle parle Sa mère » sait» mais ne dit rien,
la famille de commerçants est respectable appréciée. Et pourtant, non
content de la violer le père la « prête » à des amis lors de partouzes.
A quatorze ans, elle fugue, le cercle familial explose mais le violeur
ne fera que quatre ans de prison sur les six auxquelles il est
condamné. Détenu modèle.
Isabelle Aubry elle se reconstruit comme elle le peut, sa force est
d’aider les victimes d’inceste qui dans trois cas sur quatre ont lieu
dans le huis clos familial ; à 80% finissent par être classées par la
justice.
Son enfance brisée, piétinée lui a donné la rage de combattre pour que
l’inceste soit considéré comme un crime dans le code pénal. En effet
pour qu’un viol soit caractérisé il faut que la victime ait résisté,
ait été contrainte, ce qui dans le cas d’un enfant abusé par un proche
relève quasiment de la mission impossible. Le chemin est long,
difficile, les portes se ferment les unes après les autres, ses
courriers restent le plus souvent lettre morte. Les élus se renvoient
la balle. Une ministre lui répond devant son insistance que
« l’inceste ce n’est pas moi, mais ma collègue de la justice ! »
Pourtant à force de pugnacité elle parvient à fonder son
Association internationale des victimes contre l’inceste et
à remporter une première grande victoire en 2004 : le délai de
prescription de ce qui n’est encore qu’un délit passe de 28 à 38 ans,
ce qui permet de donner le temps de réagir aux victimes traumatisées.
Dans la foulée, elle remporte en 2007 le
Prix des femmes formidables contre l’inceste du magazine Femme actuelle.
Aujourd’hui, le combat est loin d’être gagné, l’inceste n’est
toujours pas reconnu comme un crime mais les mentalités évoluent grâce
à des gens exceptionnels, des livres aussi durs et nécessaires que « la
première fois, j’avais six ans ».
Rapport Qualité / Prix :
Le vocabulaire est simple, la lecture facile, ici c’est bien sûr le sujet qui a la primauté sur le texte.
Public Concerné :
Ce livre intéresse tous ceux que l’inceste interpelle : victimes ou non. Non dénué de vertus pédagogiques, Il pourrait être abordé lors de projets santé par des infirmières du milieu scolaire souvent confrontées à des adolescents en détresse.
Les +
Ni étude savante ni livret de bonnes intentions, ce livre est un élément à verser au dossier du double scandale que connaissent les victimes d’inceste : les faits révoltants et leur difficulté à se faire entendre.
Un bel exemple de résilience : Isabelle Aubry a su dépasser son malheur et mettre sa hargne et sa révolte au service des autres, se faire entendre pour guérir elle-même et protéger autrui.
Les -